Page:Béland - Mille et un jours en prison à Berlin, 1919.djvu/120

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
116
MILLE ET UN JOURS

Henri Marteau. Ce nom était resté dans ma mémoire : je me rappelais vaguement que ce fameux violoniste avait visité le Canada, il y a une vingtaine d’années. Le sergent-major ajouta : — « Lorsqu’il vous conviendra d’aller rendre visite au professeur Marteau dans sa cellule, un sous-officier vous y accompagnera, mais quand vous serez dans la cellule du professeur, la porte sera fermée à clef vu qu’il est au secret. Il a, lui aussi, la permission d’aller vous visiter chez vous, mais lorsqu’il y sera, votre porte sera également fermée à clef. »

J’étais naturellement très anxieux de rencontrer ce Français si distingué, et dès le lendemain je me faisais conduire à sa cellule. Je rencontrai là un des hommes les plus charmants qu’il soit possible de connaître.

Le professeur Henri Marteau est un homme d’environ 45 ans. Il a en tout l’apparence d’un vrai artiste : son maintien, sa parole, ses gestes, tout chez lui porte un cachet artistique du meilleur aloi. Voici, en somme, ce que m’a raconté, au sujet de son aventure, le brave professeur.

Au début de la guerre, il enseignait le violon au conservatoire de Berlin. Sa qualité de sujet français lui valut d’être interné à Holzminden, où se trouvait le camp d’internement des civils de nationalité française. Après quelques mois de captivité, il fut remis en liberté sur l’ordre exprès de l’empereur, et revint à Berlin.