Page:Béland - Mille et un jours en prison à Berlin, 1919.djvu/125

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
121
EN PRISON À BERLIN

quantité de lieutenants. Leur approche nous était signalé à l’avanee par un imposant cliquetis de fourreaux, d’épées et de sabres, faisant résonner les marches des escaliers et le parquet des corridors. Le général s’arrêtait à la porte de chaque cellule et demandait : — « Avez-vous à vous plaindre ? »

À cette question, je répondis comme suit : — « J’ai à me plaindre d’être interné quoique médecin. Je ne cesse de demander ma mise en liberté… » Il me dit : — « Très bien ! » et continua son chemin.

Ainsi qu’il est dit plus haut, la même question était posée à chaque cellule. La plupart des prisonniers ne disaient rien, mais lorsqu’il s’en trouvait un qui disait : — « Oui, j’ai à me plaindre », le général ajoutait : — « Rendez-vous dans la cour. » Lorsque la tournée par tous les corridors fut terminée, il se trouva bien une dizaine de prisonniers ayant répondu affirmativement, rendus dans la cour. Parmi eux se trouvait le député socialiste Kluss, qui, va sans dire, avait répondu affirmativement à la question.

Le général, son inspection terminée, se rendit dans la cour, suivi de sa camarilla, et invita chacun des prisonniers à parler. Intimidés, tous demeurèrent silencieux à l’exception du petit député socialiste qui s’avance au milieu de la cour et commence un réquisitoire formidable contre les autorités militaires allemandes et contre les règlements arbitraires dont il est victime. Kluss sait très bien que le général Von Boehm est sourd. C’est pour lui une excellente raison d’élever la voix. Aussi nous assistons à une