Page:Béland - Mille et un jours en prison à Berlin, 1919.djvu/160

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EN PRISON À BERLIN

— « Oui. »

— « Eh ! bien, je ne puis concevoir que vous remplissiez depuis des années les fonctions de médecin de cette prison sans avoir jamais appris que un seul prisonnier n’a la permission de sortir dans la rue. Je suis ici depuis deux ans, et la seule occasion que j’aie eue de sortir se présentait il y a un an, alors que j’eus ma permission spéciale d’aller dans les magasins acheter quelques effets. À l’exception de cette unique sortie qui dura deux heures, j’ai été constamment confine dans ces murs. Vous savez que l’atmosphère de ces corridors est plus viciée qu’on ne saurait le dire, puisque chaque matin des centaines de prisonniers les traversent d’un bout à l’autre, en faisant le nettoyage complet de leurs cellules, et cela après treize heures de réclusion. Et cette cour, où il nous est permis d’aller pendant quelques heures de l’après-midi, vous la connaissez aussi bien que moi : quand on a fait soixante-dix pas, on a côtoyé les trois côtés du triangle ; elle est entourée d’un mur de 75 pieds de hauteur ; trente-cinq cabinets d’aisance ouvrent sur elle leurs fenêtres pour opérer la ventilation ; il en est de même aussi des cuisines, et en somme, l’air qu’on y respire n’est pas même aussi pur que celui de nos cellules. »

Le vieux médecin écoutait tout cela et paraissait fort étonné.

— « Eh ! bien, dit-il, je suis surpris. Faites une demande aux autorités, réclamez la permission de sortir, et j’appuierai votre requête. »