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MILLE ET UN JOURS

renfermé plus de quatre mois et n’avait jamais été capable d’obtenir une raison quelconque de ce traitement inhumain.

Cinq mois environ après sa claustration, il fut conduit au bureau du général Von Kessel, commandant en chef dans les Marches de Brandebourg. Raschid, avec qui je causais le lendemain de cette entrevue, me relatait les incidents de sa conversation avec le grand général. Von Kessel lui avait annoncé qu’il serait libéré bientôt, qu’il repartirait par l’express des Balkans à destination de Constantinople. Il lui posa entre autres la question suivante :

— « Depuis combien de temps êtes-vous à la prison ? »

— « 162 jours », répondit Raschid.

— « Combien de temps avez-vous été au secret ? » répartit le général.

— « 162 jours. »

Éclat de rire du général.

— « 162 jours ! s’exclama-t-il, mais comment cela se fait-il ? »

— « Je l’ignore », répondit Raschid.

— « Voilà qui est curieux ! voilà qui est curieux ! voilà qui est curieux ! » dit à trois reprises le commandant en chef prussien.

Sans plus amples renseignements, il renvoya Raschid à la prison. Enfin, quelques jours plus tard, Raschid nous quittait pour un monde meilleur.

On l’avait oublié !