Page:Béland - Mille et un jours en prison à Berlin, 1919.djvu/22

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
16
MILLE ET UN JOURS

Il fit un signe affirmatif. La foule devenant alors très menaçante, voulut s’emparer de lui malgré les gendarmes… Quelques-uns criaient :

— « Tuez-le » !

D’autres lui lançaient des brocarts assez mal sonnants dont je fais grâce à mes lecteurs.

Les gendarmes agirent avec une dignité et une correction irréprochables. Ils protégèrent le sujet allemand contre les violences de la foule. Ils l’emmenèrent en dehors de la gare, et j’ignore encore ce qu’il advint de lui. Le moins que l’on dut faire fut sans doute de l’interner… Je me suis souvent demandé quel était cet homme. Peut-être un voyageur attardé à Ostende, ou un espion allemand demeuré en Belgique jusqu’au dernier moment pour se rendre compte des sentiments du peuple après la déclaration de la guerre ?…

Mystère !

Je suis enclin à croire qu’il faisait partie de cette pieuvre immense qui s’appelle le service d’espionnage allemand. S’il rentre jamais dans son pays, il ne manquera pas de faire à ses compatriotes un tableau saisissant de l’indignation dont fit preuve la noble nation belge en face de l’outrage infligé à son honneur par le grand empire du centre.