Page:Béranger - Chansons anciennes et posthumes.djvu/637

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Morts embaumés dans votre bière,
À vous clergé, croix et bannière.
        Pauvre corps sans linceul,
                    Va-t’en seul !

Plus tard misère et sciatique
Furent mes moindres maux, hélas
Professeur de métaphysique,
Dans ce grenier tu m’installas.
Au sommet des lois éternelles
À jeun étions-nous parvenus,
Tu te vantais d’avoir des ailes,
Quand souvent je marchais pieds nus.
Morts embaumés dans votre bière,
À vous clergé, croix et bannière.
        Pauvre corps sans linceul,
                    Va-t’en seul !

Enfin nous surprend la vieillesse,
Tous deux las, tous deux abattus.
De mon déclin naît ta sagesse ;
L’impuissance abonde en vertus.
Là-haut ne t’en fais pas un titre ;
Cette sagesse a ressemblé
Aux fleurs d’hiver que sur la vitre
Fait éclore un soleil gelé.
Morts embaumés dans votre bière,
À vous clergé, croix et bannière.
        Pauvre corps sans linceul,
                    Va-t’en seul !

Donc, enfant qui sors de tes langes,
Bénis ton premier vêtement.
Va de Dieu chanter les louanges ;
Oui, pars, et qu’il te soit clément.
Je sens s’anéantir mon être.
Ô regrets de l’antique foi !
J’ai peur, et voudrais bien qu’un prêtre
Par charité priât sur moi.
Morts embaumés dans votre bière,
À vous clergé, croix et bannière.
        Pauvre corps sans linceul,
                    Va-t’en seul !