Page:Büchner - La Mort de Danton, trad. Dietrich, 1889.djvu/339

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il demanda d’un air affable ce que faisait la femme, Oberlin lui répondit qu’il n’en savait rien, qu’il voulait l’aider et le conseiller en tout, mais que lui-même devait lui indiquer le lieu, les circonstances et la personne. Il ne répliqua que par des paroles entrecoupées : « Ah ! elle est morte ! Vit-elle encore? 0 ange, elle m’aimait—je l’aimais, elle le méritait, ô ange ! Maudite jalousie! je l’ai sacrifiée — elle en aimait encore un autre — je l’aimais, elle le méritait — ô ma bonne mère, celle- là aussi m’aimait. Je suis un meurtrier ».

Oberlin lui répondit : « Toutes ces personnes vivent peut-être encore, et heureuses; que cela soit ou non, Dieu pourra, si vous revenez à lui, grâce à vos prières et à vos larmes, leur faire assez de bien pour que l’utilité qu’elles tireront de vous l’emporte peut-être sur le tort que vous leur avez causé ». Lenz s’apaisa peu à peu et se remit à sa peinture.

L’après-midi il reparut, ayant sur l’épaule gauche un morceau de fourrure et dans la main un paquet de baguettes qu’on avait remises à Oberlin avec une lettre pour Lenz. Celui-ci tendit les baguettes à Oberlin en lui demandant de l’en frapper. Oberlin les lui prit de la main, lui imprima plusieurs baisers sur la bouche et lui dit que c’étaient là les coups qu’il avait à lui donner ; qu’il pouvait être en repos, arranger ses affaires avec Dieu seul, que tous les coups possibles ne rachèteraient pas un