Page:Baillon - Par fil special, 1924.djvu/109

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— En Sport, affirme Ranquet, une seconde c’est comme…

— L’éternité pour Pascal ?

— Bien sûr, dit Ranquet, qui ne sait plus au juste quel record a battu ce Pascal.

Ces minuties, Ranquet les note avec des scrupules de notaire. Sa copie finie, il serait temps qu’il la remette aux linotypes. Mais est-elle assez claire ? La pointe du crayon à la langue, il se relit : les o, dont il arrondit le ventre ; les a, qu’on pourrait confondre avec les u ; les t, dont on ne renforcera jamais assez la barre. Et puis, ne faudrait-il pas un point et virgule, où il n’avait mis qu’une virgule ? Et cette phrase, ne la lirait-on pas mieux, s’il la séparait de la suivante, non par un point, mais par plusieurs ?

À force de retouches, on trouve chez Ranquet des phrases terminées de la sorte : quelques points, point d’interrogation, fermez les guillemets, quelques points, point d’interrogation.

Les dimanches sont pour Ranquet les jours de grosses informations. Une équipe d’esclaves travaillent sous ses ordres — et très bien. Mais que vaudrait leur copie si Ranquet ne repassait au crayon les a, les u, les points et les virgules ? Pendant ce temps, les hommes des linotypes s’impatientent, parce que, tantôt, la copie leur tombera d’un seul coup. Pas la peine, qu’ils réclament : Ranquet gueulerait. Ce serait encore plus long.

Sa forme finie, Ranquet devrait s’en aller : les patrons le lui ont dit. C’est plus fort que lui : il tourne, chipote, se réfugie, en fin de