Page:Bainville - Histoire de deux peuples.djvu/80

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pour la grandeur de la Prusse et, littéralement, pour le roi de Prusse. Frédéric avait exploité l’alliance française. Il nous avait indignement trompés en se rapprochant de l’Angleterre. Sa jeune puissance grandissait, montrait qu’elle avait les dents longues. Et puis, l’ascendant pris par Frédéric devenait dangereux. Il apparaissait comme un fédérateur possible des Allemagnes, tandis que la maison d’Autriche venait de prouver encore que sa vitalité décroissait et qu’elle ne pouvait plus prétendre à la suprématie dans les pays germaniques. Déjà, d’ailleurs, la question d’Orient se posait à elle, de nouveaux intérêts la détournaient de l’Allemagne, déplaçaient son centre de gravité. C’est dans ces conditions, et la fâcheuse expérience de l’amitié prussienne ayant été faite, que mûrit, au gouvernement de Louis XV, l’idée du célèbre « renversement des alliances », tel que Louis XIV dans les instructions au comte du Luc, ou le marquis de Beauveau, dans son rapport de Berlin, en avaient déjà conçu l’opportunité.

L’école historique contemporaine a fait justice d’un certain nombre de légendes propagées par les historiens romantiques. Albert Sorel, en particulier, a établi ce que Michelet avait nié avec passion, à savoir que le système, inauguré en 1756, d’une entente avec l’Autriche, fut le fruit d’une idée politique longuement pesée. Lorsqu’un journaliste ou un orateur, développant une critique de l’ancien régime, évoque Louis XV et le renversement des alliances, il donne immédiatement la mesure de son information. Le même, d’ailleurs, ne manquera pas, dans une autre circonstance, de vanter l’œuvre de Sorel, car il n’y a pas de commune mesure entre la renommée d’un auteur et la diffusion de ses idées.

L’homme est ainsi fait qu’il renonce avec peine à des arguments polémiques dont il a l’habitude et dont il sait qu’ils trou-