Page:Baker - Insoumission à l'école obligatoire, 2006.djvu/24

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voyage que nous avons fait chez ceux qui avaient choisi la liberté d’instruction m’a confirmée dans une chose que j’avais déjà constatée à la Barque[1] ; quand j’ai interrogé les parents sur leur scolarité, j’ai eu deux réponses : il y avait ceux qui avaient adoré l’école, avaient fait des études brillantes et puis, en minorité, les cancres, ceux qui avaient toujours refusé l’agacement scolaire. Les premiers avaient pris conscience de leur aliénation plus tard que les seconds et savaient bien que c’était cette « satisfaction » même d’être à l’école qui les avait empêchés de voir clair. Alors ? Alors, plus encore que les « élèves moyens » qu’on retrouve très peu dans le « profil du parent déscolarisant », les anciens élèvent brillants « qui aimaient la classe » estiment avoir été bernés à l’école.

On commence, dans les pays qu’on dit « avancés » comme ceux de Scandinavie, en réduisant déjà les horaires, à remettre en question l’obligation scolaire. C’est un sujet qu’on se permet d’aborder dans les médias en Islande ou au Danemark, m’écrit-on.

Des voix, et non des moindres, dans le monde entier, toujours se sont élevées contre l’école. Comme celles de William Blake et surtout de Charles Dickens dont on ose vicieusement se servir pour décrire la condition en laquelle tomberaient nos pauvres gosses si on les laissait travailler. Dickens a dénoncé le travail obligatoire et l’école obligatoire. Plus près de nous, Krishnamurti a demandé instamment aux personnes qui aimaient les enfants de soustraire ceux-ci à l’école et de leur donner l’instruction « quelque part, au coin de la rue ou dans leurs propres maisons[2] ». Depuis qu’a été promulguée la loi de 1882, il y a toujours eu, en France, une sourde opposition à celle-ci et les écoles parallèles ou perpendiculaires ne datent pas d’aujourd’hui.

C’est en 1967 qu’on trouve les premiers mouvements militants de contestation scolaire aux États-Unis, puis en Italie que devait sérieusement secouer « Il Manifesto »[3]. Les syndicats français pendant ce temps s’occupaient des broutilles habituelles.

  1. La Barque était un lieu d’enfants déscolarisés qui exista à Paris de 1973 à 1977. Marie et moi en étions.
  2. De l’éducation, Krishnamurti, Delachaux et Niestlé, 1980. Voir aussi Réponses sur l’éducation, Stock, 1982.
  3. * En juin 1969 en Italie, des intellectuel — les communistes dissident-es créent la revue Il Manifesto. En novembre, elles et ils y condamnent l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes de l’URSS et sont exclu-es du PC. Très rapidement, cette revue devient le lieu de bien des contestations (dans le couple, à l’école, dans les domaines de la santé, de la sexualité, etc.). Il Manifesto, devenu un journal quotidien, paraît toujours en 2006.