Page:Baker - Insoumission à l'école obligatoire, 2006.djvu/43

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pénible ? » Mais elle ne saura pas ! répondais-je. On me regardait, consterné. Eux savent.

Ce sont les bien-pensants. D’une classe à l’autre, ils connaissent les convenances, toutes.

Dans une classe maternelle d’Auchy-les-Mines, on apprend à ranger ses affaires, à être propre, à se lever quand entre la directrice ; au Vésinet, la maîtresse, dans la même classe de maternelle, dit qu’il est « mal poli » de ne pas entrer dans la ronde et que « pleurer donne du chagrin à Maman ». Les bonnes manières peuvent ainsi changer d’une classe à l’autre, l’essentiel étant qu’elles restent « manières » et « bonnes ».

L’Éducation nationale se choisit bien sûr les instruments nécessaires à la formation des citoyens. Ceux-ci se doivent d’être le mieux adaptés possible aux besoins des gouvernements en place. Dans un pays démocrate ou pseudo-démocrate, il est évident que les options philosophiques ou politiques auxquelles il faut complaire sont celles du plus grand nombre. Aucun rapport d’un quelconque « savoir » avec les sciences, les arts ni la culture, encore moins avec les goûts des uns et des autres. Les programmes scolaires, c’est un fait, peuvent sembler parfaitement hétéroclites. Va-t’en savoir pourquoi on a tenté de m’enseigner la trigonométrie et pas la médecine, pourquoi j’ai su par cœur le nom de tous les fleuves de Chine sans jamais avoir entendu prononcer le nom du canal près duquel j’étais née, pourquoi on s’est évertué, bien en vain, à m’enseigner trente-six points de tricot mais pas à sculpter le bois. Je voudrais maintenant connaître le nom de tous les fleuves de Chine et aussi le nom des outils des hommes. Je ne dis pas — oh non — qu’il est sans intérêt de savoir tricoter ou peindre. Je dis que ce qu’on apprend en classe ne répond à rien de rationnel mais surtout — et c’est pire — à rien de volontairement irrationnel. C’est le bric-à-brac des bibelots et quelques livres qui « ornent » la bibliothèque du Français moyen.

Et tu sais comme je m’amuse quand on m’assure que ce n’est plus « comme de mon temps », qu’au lieu des brassières on fait faire aux filles de la mécanique et que l’informatique remplace le grec. La belle avance !

Ce qui n’a pas changé et ne risque pas de changer, c’est qu’on a choisi pour moi non ce qui me serait agréable donc utile, mais ce qui est utile à la société. (L’école, de par ses structures d’une invraisemblable lourdeur, est toujours, dans ses programmes, en retard d’une génération, mais cela ne change rien au fond.) Quelques-uns convainquent même