Page:Baker - Insoumission à l'école obligatoire, 2006.djvu/63

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dans des proportions équivalentes à celle du groupe social auquel ils appartiennent. »

Bref, « les enfants des catégories sociales favorisées réussissent globalement beaucoup mieux que les autres », qu’ils soient blancs, jaunes, noirs ou verts. Au moins, ça c’est clair.


Ceux qui n’ont pas la bonne fortune de faire des études sont-ils nés sous une mauvaise étoile ? Mais un hasard qui se répète méthodiquement n’est plus un hasard, n’est-ce pas ? Voyons, voyons… Peut-être que les pauvres sont des ânes ? Ne serait-ce que parce que s’ils volaient intelligemment, ils ne seraient plus pauvres. Mais ils se font toujours prendre. Alors !

Ce serait une affaire d’hérédité que ça n’étonnerait pas les braves gens.

La question, très exactement posée en ces termes, est à l’ordre du jour. Il n’y a pas que les concierges pour répandre les théories de la nouvelle droite ; les gazetiers de tout bord en font leurs choux gras. On ne peut pas toujours répondre par un sourire méprisant à l’insanité. D’où ce chapitre qui me fatigue et toi aussi sans doute ; mais face à la bêtise, il vaut mieux se passer nos outils.

Premier outil, une enquête très intéressante de Michel Schiff, « L’échec scolaire n’est pas inscrit dans les chromosomes[1] ». L’hypothèse de travail est la suivante : prenons le pourcentage d’enfants d’ouvriers et de contremaîtres qui entrent à l’université, soit 5 %, et celui des enfants de cadres supérieurs et professions libérales, 58 %, admettons que l’écart entre ces chiffres soit dû à la différence des niveaux intellectuels tels qu’on les mesure de manière tout à fait artificielle (mais a fortiori ici, c’est encore plus probant pour l’expérience) par ce qu’on appelle le quotient intellectuel (Q.I.) qui n’est en fait que l’aptitude de quelqu’un à suivre ce qu’on appelle des études. Cent mille enfants d’âge scolaire ont été étudiés. Le Q.I. dépassé par les 58 % d’enfants de cadres supérieurs qui entrent à l’université est de 108,8. On pourrait logiquement se dire (quels que soient l’environnement, l’hérédité et toutes hypothèses confondues sur l’acquis ou l’inné quant à l’aptitude à suivre des études) que les enfants d’ouvriers qui dépassent eux aussi ce seuil de 108,8 se retrouvent à l’université. Or, 19 % le franchissent et on a vu que seuls 5 % d’entre eux faisaient des études (2 % si on s’en tient aux enfants d’ouvriers qualifiés et spécialisés à l’exclusion donc des contremaîtres ou assimilés).

  1. Rapportée dans Psychologie, décembre 1980.