Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/150

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nul n’a considéré comme sérieuse la parole de Jésus dit le Christ : « Ne jugez pas ! » Dans la religion catholique, tout homme qui le désire peut être absous et justifié par Dieu de ses fautes alors même que le châtiment lui aurait été dû de par la Loi écrite dans la pierre, c’est ce qu’on appelle la Rédemption. Le rédempteur, le go’el en Hébreux, est celui qui rachète un prisonnier, qui paye une rançon pour sa délivrance. Mais le Dieu de miséricorde des juifs, des chrétiens, des musulmans, la voie de la compassion infinie de Bouddha envers toutes les créatures n’ont jamais eu qu’un nombre infime d’adeptes. Ce que les hommes choisissent dans leurs religions, c’est la crainte aveugle et surtout l’excuse de vivre dans l’irrationalité. On comprend que les anarchistes et autres libres penseurs du XIXe siècle aient si souvent exprimé leur tendresse et leur pitié pour le malheureux Jésus.

Rares actuellement sont ceux, athées ou croyants, qui font encore allusion à une justice qui ne soit plus fondée sur la rétribution, le salaire des bons et des méchants, mais sur la réconciliation, on n’ose plus dire le pardon. Le pardon a très mauvaise presse parce qu’il suppose l’humilité. Pour les ostentateurs de nos contrées, l’humilité s’apparente à de la soumission ; c’en est assez drôle quand on sait les vipères et couleuvres que doivent ingurgiter les gagneurs ! Des philosophes comme Paul Ricœur lorsqu’ils parlent de pardon agacent les journalistes qui trouvent cette attitude franchement dépassée. Pour eux l’avenir est à l’essorillement[1]. C’est avec des sourires en forme de pincettes qu’ils regardent ceux qui veulent l’apaisement de l’offenseur et celui de la victime. Et pourtant ils existent…

  1. Action de couper les oreilles ; une des peines qu’infligeaient les juges du XIVe siècle.