Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/22

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


encore que l’on peut parfois comprendre comment telle mère peut empêcher son enfant de vivre jusqu’à ce qu’il la tue ou comment telle épouse en vient à haïr jusqu’à la folie la grossièreté de son mari. Il n’est pas rare chez les auteurs d’homicides volontaires de constater que le meurtre a été précédé de plusieurs tentatives de suicide ; mais « c’était lui ou moi » passe mal devant un tribunal.

Les légalistes sont nombreux chez les tueurs en série qui se proclament souvent justiciers ; ils s’en prennent presque toujours aux femmes (« des salopes » que leur conscience leur a ordonné de punir).

Quelqu’un qui agirait pour mal faire, un « sataniste » par exemple, aurait sans doute d’excellentes raisons de lutter contre la morale de ses parents, on peut sans peine imaginer qu’un tel bêta lutterait à sa manière pour la Vérité ou la Liberté, bref pour le Bien encore. Avec capitales, ce qui est toujours mauvais signe.

Dans les cas psychopathologiques, le malade agit (pas toujours contre la loi, bien sûr) pour échapper à sa souffrance intérieure. Il peut se libérer de l’insupportable tension qu’il vit en hurlant sur les gradins d’un stade, en tuant des chats ou des femmes. De manière en général inadéquate, pour une seule seconde de paix dans son enfer, lui aussi recherche un bien pour échapper à son mal.

Même des personnalités très psychorigides peuvent se laisser aller, comme les enfants à Guignol, à prendre parti dans un film pour le malfaiteur contre le gendarme, pour le brigand au cœur d’artichaut ou pour le condamné à mort. En vrai aussi, pour peu qu’il ait de l’humour, le brigand gagne toutes les sympathies : un braqueur de banques comme Georges Courtois tenant en otage le Palais de Justice de Nantes en 1985 a pu mettre les victimes de son côté jusqu’à en faire des témoins de la défense dans le procès qui s’ensuivit. Il faut reconnaître qu’on ne voit pas bien comment on peut trouver à redire à l’attaque d’une banque dans un pays qui encourage la loterie et les jeux. « Cent pour cent des gagnants avaient tenté leur chance. »