Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/23

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Je sais reconnaître comme tout un chacun que le bien est « ce qui est avantageux, agréable, favorable, profitable, ce qui est utile à une fin donnée » (Petit Robert), mais la deuxième acception de son sens, « ce qui possède une valeur morale, ce qui est juste, honnête, louable », ne peut que m’amener à considérer à quelle vitesse s’écroulent des systèmes de valeur (comme on est passé des années 70 si ingénues au cynisme des années 80).

Il faut être Georges W. Bush et se vouloir le Souverain du monde pour reprendre à son compte avec tant de jobardise l’éternel argument des terroristes qui luttent pour la Cause Juste. Dans la pire des comédies, c’est-à-dire la plus pathétique, on n’aurait jamais osé faire dire à un homme d’État que son pays incarnait le Bien contre le Mal.[1]

Nous avons connu en septembre 2001 un exemple parfait de ce qu’est une punition ; ce n’est pas un hasard si l’état-major américain a donné comme nom à l’opération militaire qui a suivi ces attentats « Justice sans limite ». On ne pouvait mieux dire. Les terroristes, quels qu’ils aient été, voulaient punir les Étatsuniens de leur politique, les Étatsuniens veulent les punir en représailles et cela risque de durer longtemps. Georges W. Bush a condamné un homme, Ben Laden et, faute de le trouver, va faire tuer froidement à cette intention des milliers d’innocents. La question ici n’est pas de savoir si les guerres saintes d’un bord ou de l’autre sont justes ou injustes, mais assurément la conception que se fait du Bien le président des États-Unis n’est pas celle de toute la planète. Ce qui est bien est bien pour certains, voilà tout ce que l’on peut dire.

Les légalistes n’ont jamais peur des jugements puisque ceux-ci découlent automatiquement de faits codifiés une fois pour toutes comme bons ou mauvais.

Un jugement suppose que le puni ait eu tort et que le punisseur sache où est le bien. On ne parle pas sur ce ton à ses parents,

  1. Mais lui aussi a des excuses, j’imagine qu’on n’assiste pas, en tant que gouverneur du Texas, à plus de 150 exécutions en six ans sans en garder des failles psychiques profondes. (Cf. « Illinois : la fin du couloir de la mort », dans Libération du 13 janvier 2003).