Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/46

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La vengeance sociale est de même nature que la vengeance individuelle. Qu’est-ce qui est censé la rendre plus juste ? Le droit, autrement dit la puissance.

Le meurtrier en série qui a le plus tué, à la connaissance des historiens, est une femme. Si elle n’avait pas été princesse, Erszebeth Báthory, de la famille royale de Hongrie, n’aurait pu se permettre de martyriser jusqu’à ce que mort s’ensuive quelque six cents jeunes filles. Elle ne fut condamnée à finir ses jours en détention qu’en 1610 lorsque son comportement dépassa l’inimaginable. Or ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que longtemps la princesse parvint à se défendre en arguant de son sens de la justice : si elle suppliciait ses dames de compagnie et servantes, c’était pour les punir. En effet, contrairement à Gilles de Rais par exemple, Erszebeth Báthory ne se livrait à son vice que si elle pouvait trouver prétexte à sanctionner une faute.

Cependant l’exigeante princesse n’est qu’un médiocre amateur à côté des professionnels de la répression. Les châtiments ordonnés par voie de justice ont dépassé en cruauté tous les crimes les plus sadiques. Qu’on se réfère seulement aux inoubliables premières pages de Foucault, dans Surveiller et punir, sur le supplice de Damien, il y a moins de deux cent cinquante ans, ou à la science inégalée des bourreaux chinois, ou aux juges raisonnables et honnêtes, ni plus ni moins cruels que n’importe quel magistrat de notre temps, qui ont condamné des hors-la-loi à mourir empalés, roués, brûlés vifs, écartelés, lynchés...

Un passé révolu ? Celui qui a le pouvoir ne se prive jamais d’en abuser surtout si l’autre est «dans son tort». Aujourd’hui, demain et toujours. Est-ce si loin ce temps de la deuxième guerre mondiale où, moins connues que les barbaries européennes, d’autres brillaient par leur raffinement, en Birmanie par exemple où, pendant l’occupation japonaise, les prisonniers du camp adverse (des Américains pour la plupart) furent condamnés par les tribunaux militaires à mourir dans des fûts métalliques placés en plein soleil ?