Page:Bakounine - Œuvres t1.djvu/201

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des faits, pour qu’ils ne s’élèvent jamais au delà du citoyen, à la hauteur de l’homme. — Nous avons vu d’ailleurs que tout État, sous peine de périr et de se voir dévoré par les États voisins, doit tendre à la toute-puissance, et que, devenu puissant, il doit conquérir. Qui dit conquête, dit peuples conquis, asservis, réduits à l’esclavage, sous quelque forme et quelque dénomination que ce soit. L’esclavage est donc une conséquence nécessaire de l’existence même de l’État.

L’esclavage peut changer de forme et de nom — son fond reste le même. Ce fond se laisse exprimer par ces mots : être esclave, c’est être forcé de travailler pour autrui, — comme être maître, c’est vivre du travail d’autrui. Dans l’antiquité, comme aujourd’hui en Asie, en Afrique, et comme dans une partie de l’Amérique encore, les esclaves s’appelaient tout bonnement des esclaves. Au moyen-âge ils prirent le nom de serfs, aujourd’hui on les appelle salariés. La position de ces derniers est beaucoup plus digne et moins dure que celle des esclaves, mais ils n’en sont pas moins forcés par la faim aussi bien que par les institutions politiques et sociales, d’entretenir par un travail très dur le désœuvrement absolu ou relatif d’autrui. Par conséquent ils sont des esclaves. Et en général, aucun État, ni antique, ni moderne, n’a jamais pu ni ne pourra jamais se passer du travail forcé