Page:Bakounine - Lettres à Herzen et Ogarev, trad. Stromberg, Perrin, 1896.djvu/46

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en haillons dont parlent MM. Marx et Engels, prolétariat auquel avec eux toute l’École des social-démocrates d’Allemagne témoigne son plus profond mépris. Et ils ont bien tort en cela, car, seul, ce prolétariat en haillons s’inspire de l’esprit et de la force de la prochaine révolution sociale, et nullement la couche bourgeoise des masses ouvrières dont nous venons de parler. »

Bakounine avait donc essentiellement foi en ce prolétariat en haillons ; en 1869 il écrivait à ses amis sur la Russie :

« Je n’ai foi qu’en ce monde de moujiks, et en ces jeunes gens intelligents pour lesquels, en Russie, il n’y a ni place, ni occupation ; cette phalange de quarante mille militants (?!) qui, sciemment ou inconsciemment appartiennent, à la révolution. »

Ses espérances sur le « moujik » ayant été déçues en 1873, Bakounine commence à l’envisager avec un certain scepticisme, en constatant chez lui la paresse. Dans « l’État et l’Anarchie » (appendice a, 10, 15), il énumère « les trois forces principales qui maintiennent la masse du peuple russe dans l’obscurité : 1. Les conditions patriarcales de leur vie ; 2. l’absorption de l’individu par la commune ; 3. la foi au tzar. »

Et il reprend plus loin :

« Le seul qui au milieu du peuple russe a l’audace de se révolter contre la commune — c’est le brigand. D’où le brigandage constituant un phénomène important dans l’histoire du peuple russe, — les premiers révolutionnaires de la Russie Pougatcheff et Stenka Razine — furent des brigands » (compar. les proclamations).