Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/145

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qui, sans plus rien ajouter, se mit à ôter le couvert ; et elle ne reparla plus que pour rappeler à son mari, absorbé dans ses pensées, qu’il était temps de se coucher, car dix heures venaient de sonner à l’horloge de Saint-Cyprien.

Trois mois après cette conversation, la salle du grand théâtre de Berlin était pleine comme depuis long-temps elle ne l’avait pas été, et dans une des loges de l’avant-scène, occupée par l’ambassadeur de France et l’un des secrétaires de légation, avant que la toile ne fût levée, avait lieu la conversation suivante.

« Une juive pour maîtresse, disait le jeune secrétaire, a toujours été dans ma pensée l’idéal du bonheur, et si votre excellence ne la prend dans sa maison, je compte bien me mettre en diplomatie pour arriver jusqu’à son cœur. Sara ! monseigneur ; comprenez-vous ce que doit être dans les bras de son amant une femme qui s’appelle Sara ? — Sans doute, reprenait l’ambassadeur. A ce nom seul revivent tous les souvenirs de la vie patriarcale, et pour peu que la petite ait le pied bien et les formes gracieuses, je pourrais