Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/75

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crois peu connu ; je l’ai entendu raconter à l’auteur des Souvenirs de la Révolution. Le syndic du tribunal de Brest se nommait Vignes, et le président Vigneron. Ils furent condamnés à mort. En se trouvant sur l’échafaud, l’un d’eux, M. Vignes, dit à l’autre en lui montrant la foule :

— Hein ! ils vont se trouver bien embarrassés sans vignes ni vigneron.

M. Vignes passa le premier ; mais au moment où le couteau lui tranchait la tête, les deux montans de la guillotine se désunirent ; enfin il se dérangea quelque chose dans l’instrument du supplice, et comme il était fort tard, l’exécuteur des hautes-œuvres républicaines dit au président :

— Ma foi, monsieur, vous voilà sauvé ; car c’est quelque chose que vingt-quatre heures par ce temps-ci.

— Il faut que tu sois un grand lâche, répondit M. Vigneron. Comment, parce que tes planches ont un peu joué, tu vas me faire attendre ? Le jugement ne m’a pas condamné à vivre vingt-quatre heures de plus…