Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/77

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j’en fus témoin.

Nous avions passé la nuit au chevet de la mourante ; elle était attaquée de la poitrine, et la pulmonie, arrivée au dernier degré, ne laissait aucun espoir. Mon maître s’était endormi ; sa femme, s’étant réveillée vers quatre heures du matin, me fit, de la manière la plus touchante et en souriant, un signe amical pour me dire de la laisser reposer, et cependant elle allait mourir. Elle était arrivée à une maigreur extraordinaire ; mais son visage avait conservé ses traits et ses formes, qui étaient belles. Sa pâleur faisait ressembler sa peau à de la porcelaine derrière laquelle il y a une lumière. Ses yeux vifs et ses couleurs tranchaient sur ce teint plein d’une molle élégance, et il y avait dans sa physionomie une sorte de sublimité qui imposait. Elle paraissait plaindre son mari, auquel sa vie avait été vouée ; mais ce sentiment prenait sa source dans une tendresse élevée, qui semblait ne plus connaître de bornes aux approches de la mort. Le silence était profond ; la chambre, doucement éclairée par une lampe, avait l’aspect de toutes les chambres de malades au moment de la mort. C’était un désordre pittoresque… En ce moment, la pendule sonna, et le docteur, au désespoir d’avoir dormi,