Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/78

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se réveilla. Je ne vis pas le geste d’impatience par lequel il peignit le regret qu’il éprouvait d’avoir perdu de vue sa femme pendant un des derniers momens qui lui étaient accordés ; mais il est sûr qu’une personne autre que la mourante aurait pu s’y tromper. Ce médecin, homme d’un grand talent, avait mille de ces bizarreries apparentes qui font prendre les gens de génie pour des fous, mais dont l’explication se trouve dans la nature exquise et les exigences de leur esprit. Il vint se mettre dans un fauteuil, près du lit de sa femme, et la regarda fixement. Alors elle avança un peu la main, prit celle de son mari, la serra faiblement, et d’une voix douce, mais émue, elle lui dit :

— Mon pauvre ami, qui donc maintenant te comprendra ?…

Puis elle mourut en le regardant.

— Les histoires que conte le docteur, reprit une dame après un moment de silence, me font des impressions bien profondes.

Le médecin salua gravement.