Page:Balzac - Œuvres complètes, éd. Houssiaux, 1855, tome 19.djvu/220

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Scène XIII.

FAUSTINE, FONTANARÈS.

FONTANARÈS.

Le palais du roi d’Espagne n’est pas plus splendide que le vôtre, Madame, et vous y déployez des façons de souveraine.


FAUSTINE.

Écoutez, cher Fontanarès.


FONTANARÈS.

Cher ?… Ah ! Madame, vous m’avez appris à douter de ces mots-là !


FAUSTINE.

Vous allez enfin connaître celle que vous avez si cruellement insultée. Un affreux malheur vous menace. Sarpi, en agissant contre vous, comme il le fait, exécute les ordres d’un pouvoir terrible, et cette fête pourrait être, sans moi, le baiser de Judas. On vient de me confier qu’à votre sortie, et peut-être ici même, vous serez arrêté, jeté dans une prison et votre procès commencera… pour ne jamais finir. Est-ce en une nuit qui vous reste que vous remettrez en état le vaisseau que vous avez perdu ? Quant à votre œuvre elle est impossible à recommencer. Je veux vous sauver, vous et votre gloire, vous et votre fortune.


FONTANARÈS.

Vous ! et comment ?


FAUSTINE.

Avaloros a mis à ma disposition un de ses navires, Monipodio m’a donné ses meilleurs contrebandiers ; allons à Venise, la République vous fera patricien, et vous donnera dix fois plus d’or que l’Espagne ne vous en a promis… (À part.) Et ils ne viennent pas.


FONTANARÈS.

Et Marie ? si nous l’enlevons, je crois en vous.


FAUSTINE.

Vous pensez à elle au moment où il faut choisir entre la vie et la mort. Si vous tardez, nous pouvons être perdus.


FONTANARÈS.

Nous ?… Madame.