Page:Balzac - Œuvres complètes, éd. Houssiaux, 1874, tome 11.djvu/340

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de toutes celles qui paperassent sur le globe, a rendu, comme vient de le dire Son Excellence, le vol impossible. En France, la concussion est une chimère. Eh ! bien, que peut-on objecter ? La France possède un revenu de douze cents millions, elle le dépense, voilà tout. Il entre douze cents millions dans ses caisses, et douze cents millions en sortent. Elle manie donc deux milliards quatre cents millions, et ne paie que soixante millions, deux et demi pour cent, pour avoir la certitude qu’il n’existe pas de coulage. Notre livre de cuisine politique coûte soixante millions, mais la gendarmerie coûte davantage, et ne nous empêche pas d’être volés. Les tribunaux, les bagnes et la police coûtent autant et ne nous font rien rendre. Et nous trouvons l’emploi de gens qui ne peuvent pas faire autre chose que ce qu’ils font, croyez-le bien. Le gaspillage, s’il y en a, ne peut plus être que moral et législatif, les Chambres en sont alors les complices, le gaspillage devient légal. Le coulage consiste à faire faire des travaux qui ne sont pas urgents ou nécessaires, à dégalonner et regalonner les troupes, à commander des vaisseaux sans s’inquiéter s’il y du bois et de payer alors le bois trop cher, à se préparer à la guerre sans la faire, à payer les dettes d’un Etat sans lui en demander le remboursement ou des garanties, etc., etc.


BAUDOYER.

Mais ce haut coulage ne regarde pas l’employé. Cette mauvaise gestion des affaires du pays concerne l’homme d’Etat qui conduit le vaisseau.


LE MINISTRE (il a fini sa conversation).

Il y a du vrai dans ce que vient de dire des Lupeaulx ; mais sachez (à Baudoyer), monsieur le directeur, que personne n’est au point de vue d’un homme d’Etat. Ordonner toute espèce de dépenses, mêmes inutiles, ne constitue pas une mauvaise gestion. N’est-ce pas toujours animer le mouvement de l’argent dont l’immobilité devient, en France surtout, funeste par suite des habitudes avaricieuses et profondément illogiques de la province qui enfouit des tas d’or…


LE DÉPUTÉ (qui a écouté des Lupeaulx).

Mais il me semble que si votre Excellence avait raison tout à l’heure, et si notre spirituel ami (il prend des Lupeaulx par le bras) n’a pas tort, que conclure ?