Page:Balzac - Œuvres complètes, éd. Houssiaux, 1874, tome 8.djvu/422

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— Un drôle de père, allez ! reprit Courtois. Il fait, dit-on, tout vendre chez son fils, et il a pour plus de deux cent mille francs de bien, sans compter son esquipot !

Lorsque l’âme et le corps ont été brisés dans une longue et douloureuse lutte, l’heure où les forces sont dépassées est suivie ou de la mort ou d’un anéantissement pareil à la mort, mais où les natures capables de résister reprennent alors des forces. Lucien, en proie à une crise de ce genre, parut prés de succomber au moment où il apprit, quoique vaguement, la nouvelle d’une catastrophe arrivée à David Séchard, son beau-frère.

— Oh ! ma sœur ! s’écria-t-il, qu’ai-je fait, mon Dieu ! Je suis un infâme !

Puis il se laissa tomber sur un banc de bois, dans la pâleur et l’affaissement d’un mourant. La meunière s’empressa de lui apporter une jatte de lait qu’elle le força de boire ; mais il pria le meunier de l’aider à se mettre sur son lit, en lui demandant pardon de lui donner l’embarras de sa mort, car il crut sa dernière heure arrivée. En apercevant le fantôme de la mort, ce gracieux poète fut pris d’idées religieuses : il voulut voir le curé, se confesser et recevoir les sacrements. De telles plaintes exhalées d’une voix faible par un garçon doué d’une charmante figure et aussi bien fait que Lucien touchèrent vivement madame Courtois.

— Dis donc, petit homme, monte à cheval, et va donc quérir monsieur Marron, le médecin de Marsac ; il verra ce qu’a ce jeune homme, qui ne me paraît point en bon état, et tu ramèneras aussi le curé. Peut-être sauront-ils mieux que toi ce qui en est de cet imprimeur de la place du Mûrier, puisque Postel est le gendre de monsieur Marron.

Courtois parti, la meunière, imbue comme tous les gens de la campagne de cette idée que la maladie exige de la nourriture, restaura Lucien qui se laissa faire, en s’abandonnant alors moins à sa prostration qu’à de violents remords.

Le moulin de Courtois se trouvait à une lieue de Marsac, chef-lieu de canton, situé à mi-chemin de Mansle et d’Angoulême ; mais le brave meunier ramena d’autant plus promptement le médecin et le curé de Marsac que l’un et l’autre avaient entendu parler de la liaison de Lucien avec madame de Bargeton, et que tout le département de la Charente causait en ce moment du mariage de cette dame et de sa rentrée à Angoulême avec le nouveau préfet, le