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ÉSOPE

Même, je m’intéresse à ton sort comme un chien
Qui veille encor, le cou blessé par un lien.
La Perse te menace et veut, comme naguère,
Te meurtrir ; nous verrons se réveiller la guerre
Et bientôt, frémissants comme un ardent réveil
D’aurore, et sur leurs pas versant un flot vermeil.
Tes citoyens armés pour les vaillantes luttes,
Marcheront, au son des cithares et des flûtes.
Va, guide-les, grandis la gloire de ton nom,
Et tu triompheras de tout.


Crésus, tristement.

Et tu triompheras de tout. Hélas ! mais non
De toi.


Rhodope

De toi. Qu’est-ce, pour toi, qu’une femme asservie
Et farouche ? Rien.


Crésus

Et farouche ? Rien. Non, rien. Pas plus que ma vie !
Pas plus, en vérité.

(À Ésope).

Pas plus, en vérité. Mais, cher Ésope, enfin
Il a fui, le fantôme horrible de la Faim,
Tu sus tout accomplir, imaginer, résoudre ;
Mais cette main, qui tient l’épée et tient la foudre,
T’élèvera plus haut qu’on ne peut le penser,
Et tu verras comment je sais récompenser.

(Le Roi sort.)



Scène cinquième


RHODOPE, ÉSOPE.



Rhodope, avec animation.

Oui, nous verrons des jours de triomphe, et les armes
De Crésus vaincront.