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histoire de la ballade

de ces erreurs pédantesques, de ces paradoxes, de ces fadeurs, on dut saluer avec enthousiasme le premier coup de clairon sonné par l’art ressuscité ! Avec quelle joie dut-on fêter les premiers chants qui annoncèrent que la Poésie rentrait dans son vrai domaine, et ouvrait la voie libre et lumineuse de la tradition et des maîtres ! On avait tant besoin, après ces déclamations, ces démonstrations, ces pamphlets rimes, ces leçons en vers, après ces faux délires, ces exclamations banales, ces invocations à froid, ces

… Descriptions sans vie et sans chaleur,
tout ce fatras d’un art qui se trompe et fait fausse route, on avait tant besoin de se reprendre à une inspiration désintéressée et sincère !

Ce fut une Renaissance encore, où l’âme poétique de la France se reconnut, s’écouta et vibra spontanément de sentiments intimes et humains. Elle parla ; mais le langage de la poésie, faussé, corrompu et comme hydropisé par l’abus du lieu commun et des analogies, résistait à l’expansion de ces mouvements libres. Il fallut remettre sur le chevalet cette langue appauvrie, nouée, enkylosée. Pour lui rendre sa souplesse et sa vigueur, on la remit au régime du gymnase et de l’orthopédie. On la jeta dans tous les moules, depuis la spirale des Djinns jusqu’à la strophe en triolet de La Captive. On multiplia