Page:Banville - Œuvres, Le Sang de la coupe, 1890.djvu/15

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ment et de rien, m’a toujours paru fausse à tous les points de vue ; car nous portons en nous, que nous le voulions ou non, toute la destinée écoulée et toute la destinée future de la race à laquelle nous appartenons, et nous avons à la fois dans nos veines le sang de nos pères et le sang de nos fils.

Or j’étais, dès mon entrée dans la vie, pénétré de cette vérité que les Hellènes sont nos véritables aïeux spirituels, et que nous avons hérité d’eux le culte de la beauté et de l’héroïsme. Si les savants mythographes modernes (entre autres Louis Ménard) l’ont prouvé scientifiquement, et nous ont démontré que notre religion de pardon et d’amour s’accorde avec les religions helléniques, autant qu’elle est hostile à l’idée judaïque d’un dieu implacable, l’instinct des Racine, des La Fontaine, de tous les grands poëtes du XVIIe siècle, leur avait fait deviner inconsciemment, mais très nettement, cette parenté spirituelle de la France, chevalier et poëte, avec le pays sacrè des Eschyle et des Pindare. Cette parenté existe, elle est l’âme même de notre poésie ; aussi ai-je cru pouvoir introduire dans un poëme parisien Cypris, la force expansive de la vie et du renouvellement des êtres, sans cesser d’être très français et très moderne. Il m’a semblé qu’elle avait le droit d’intervenir pour reprocher à la terre des héros et des amants de