Page:Banville - Œuvres, Le Sang de la coupe, 1890.djvu/16

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mentir à sa gloire et à son génie. Si donc il y a quelque audace dans cette conception, c’est du moins une audace voulue et que je crois légitime.

Obstinément attaché, pendant toute ma carrière d’ouvrier et d’artiste, à restituer les anciennes formes poétiques et à tenter d’en créer de nouvelles, (ce qui est tout un,) et très intimement persuadé que le théâtre ne trouvera chez nous sa forme définitive que lorsque nous aurons su, comme les anciens, associer le chant et l’ode au dialogue dramatique, j’avais souvent pensé qu’on devait pouvoir, dans le drame, obtenir de très grands effets au moyen de l’emploi de rhythmes qui seraient variés, reliés et enchainés selon la diversité des situations et des personnages, et j’avais, dès , écrit Le Jugement de Pâris, pour donner un échantillon de cet art que j’entrevoyais. Peut-être y avait-il là une idée féconde. Une seule fois il m’a été permis de l’essayer au théâtre, (Odéon, décembre 1852,) dans une comédie satirique, mêlée d’odes récitées, que j’avais écrite en collaboration avec Philoxène Boyer sous ce titre : Le Feuilleton d’Aristophane. Pour pousser plus loin ces essais, il aurait fallu avoir un théâtre à soi ; j’ai dû me borner à indiquer une route, qu’un autre poëte trouvera ; car dans le théâtre actuel, qui n’a que la parole et non le chant, l’homme est représenté dans sa vie terrestre et