Page:Banville - Œuvres, Le Sang de la coupe, 1890.djvu/21

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Et vous, mes yeux, que pour miroir
Prenait cette ingrate maîtresse,
Extasiez-vous dans l’ivresse
Pour lui cacher mon désespoir.
Ces lèvres, qu’elle a tant baisées,
Me trahiraient par leur pâleur ;
Je vais leur rendre leur couleur
Dans le sang des grappes brisées.

Je noierai dans ce flot divin
Le feu vivant qui me dévore.
Mais non ! Elle apparaît encore
Sous les douces pourpres du vin !
Oui, voilà sa grâce inhumaine !
Et cette coupe est une mer
D’où naît, comme du flot amer,
L’invincible Anadyomène.

Novembre 1849.