Page:Banville - Œuvres, Le Sang de la coupe, 1890.djvu/22

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Malédiction de Cypris

C’était le vendredi, jour de Cypris la blonde,
Un soir de juin ; bercés par les flots attendris,
Les iris pâlissants croissaient au bord de l’onde ;
Et, dans le Luxembourg, ce paradis du monde,
Les marbres de l’Attique, amoureux de Paris,
Voyaient l’air et les cieux et la terre fleuris.

Leurs crinières au vent, sur les quais pacifiques
Les régiments passaient, cuirasses et musiques ;
Et, dans le ciel en feu, doré comme un fruit mûr,
Au-dessus des palais ceints de casques d’azur,
Des cavaliers, vêtus d’armures magnifiques,
Sur leurs chevaux ailés volaient dans le bleu pur.

Les filles de Coustou rêvaient parmi les roses ;
Les Satyres lascifs souriaient à l’entour ;
Sur les thyrses neigeux des marronniers moroses
Les oiseaux gazouillaient aux derniers feux du jour,
Et leur chant semblait dire aux âmes longtemps closes
De chanter dans les fleurs la chanson de l’amour.