Page:Banville - Œuvres, Le Sang de la coupe, 1890.djvu/31

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
21
le sang de la coupe

Épris de tes soldats que la foudre enveloppe,
Parmi leurs champs couverts de morts et de blessés,
Les peuples sur tes pas accouraient empressés
Et flattaient de la main ton cheval qui galope,
Lorsque tu conduisais par les villes d’Europe
Tes héros de vingt ans aux longs cheveux tressés.

Ainsi qu’un beau génie en un monde féerique,
Tu brises d’un seul doigt les liens corporels
Quand tu lances un jour, au bruit d’un chant lyrique,
Sur ces chemins, plus longs qu’un fleuve d’Amérique,
Que sillonne d’azur le fer brillant des rails,
Tes grands coursiers de flamme aux pieds surnaturels !

Nourrice de lutteurs, ville douce et traîtresse,
Tu portes sur ton front des lys de diamant
Et des lauriers rougis dans le combat fumant ;
Dénouant sur ton sein l’or de sa lourde tresse,
La fière Poésie est toujours ta maîtresse
Et l’Art baise ta lèvre ainsi qu’un jeune amant !

Ton phare est un soleil, et tes jeunes Achilles
Ont réveillé le monde au bruit de leur tambour ;
Mais, ô Paris ! cité ruisselante ! séjour
De la grâce amoureuse et des lèvres dociles,
Toi, pour l’amour choisie entre toutes les villes,
Ô ville de Cypris, qu’as-tu fait de l’Amour ?