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le sang de la coupe

Puisque tu mets ta gloire à flétrir ce qui m’aime !
Puisque, les oripeaux et l’argent excepté,
Tout tombe autour de toi sous ton propre anathème,
Et que, trop délicat pour un peuple dompté,
L’amour de l’élégance et de la volupté
Est éteint dans le cœur des courtisanes même !

Puisque ma voix en vain t’a voulu secourir !
Puisque au lieu de me suivre en sa verte campagne,
Ton peuple à ses côtés aime mieux voir pourrir
L’Avarice, démon hideux qui l’accompagne,
Vil forçat de la chair, meurs cloué dans ton bagne !
Meurs, infâme ! ou plutôt c’est moi qui veux mourir !

Je m’en irai bien loin des modernes Gomorrhes
Rejoindre les grands Dieux dans la paix du trépas.
Libre et quittant ce corps divin qui sur ses pas
Te laissait l’ambroisie, et que tu déshonores,
Mon âme roulera dans les astres sonores
Parmi les cieux vivants auxquels tu ne crois pas !

J’irai, par l’immuable et consolant mystère,
Fondre mon être avec le tout essentiel !
Un rocher sortira des flots où fut Cythère,
Brûlé par un vent morne et pestilentiel,
Et les biens qui par moi ruisselaient sur la terre
S’envoleront avec mon souffle dans le ciel !