Page:Banville - Œuvres, Les Exilés, 1890.djvu/23

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Et, tandis qu’ils s’en vont, troupeau silencieux,
La fatigue d’errer sans repos sous les cieux
Arrache des sanglots à leurs bouches divines,
Et des soupirs affreux sortent de leurs poitrines.
  Car, depuis qu’en riant les empereurs, jaloux
De leur gloire, les ont chassés comme des loups,
Et que leurs palais d’or sont brisés sur les cimes
De l’Olympe à jamais désert, les Dieux sublimes
Errent, ayant connu les pleurs, soumis enfin
À la vieillesse horrible, aux douleurs, à la faim,
Aux innombrables maux que tous les hommes craignent,
Et leurs pieds, déchirés par les épines, saignent.
Zeus, à présent vieillard, a froid, et sur ses flancs
Serre un haillon de pourpre, et ses cheveux sont blancs.
Sa barbe est blanche : au fond du lointain qui s’allume
Ses épouses en deuil le suivent dans la brume.
Héré, Léto, Métis, Eurynomé, Thémis
Sont là, blanches d’effroi, pâles comme des lys,
Et pleurent. Sur leurs fronts mouillés par la rosée
L’aigle vole au hasard de son aile brisée.
  Et celui qui tua la serpente Pytho,
Le brillant Lycien, cache sous son manteau
Son arc d’argent, rompu. Triste en sa frénésie,
Le beau Dionysos pleure la molle Asie ;
Et ce hardi troupeau, les femmes au sein nu
Qui le suivaient naguère au pays inconnu,
Folles, aspirant l’air avec ses doux arômes,
Ne sont plus à présent que spectres et fantômes.