Page:Banville - Œuvres, Les Exilés, 1890.djvu/24

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Hermès, qui n’ouvre plus ses ailes, en chemin
Songe, et le rameau d’or s’est flétri dans sa main.
Athènè, l’invincible Arès, mangent les mûres
De la haie, et n’ont plus que des lambeaux d’armures ;
Déméter, pâle encor de tous les maux soufferts,
Tient sa fille livide, arrachée aux Enfers,
Et la blonde Artémis, terrible, échevelée,
Bondit encor, fixant sa prunelle étoilée
Sur la nuit redoutable et morne des forêts,
Cherchant des ennemis à percer de ses traits,
Et sur sa jambe flotte et vole avec délire
Sa tunique d’azur que l’ouragan déchire.
  Cependant, les regards baissés vers le sol noir,
Les Muses lentement chantent le désespoir
De l’exil, dont leur père a dû subir l’outrage,
Et leur hymne farouche éclate avec l’orage.
Toute l’horreur des cieux perdus est dans leur voix ;
Les arbres, les rochers, les profondeurs des bois,
Les antres noirs ouverts sous la rude broussaille
S’émeuvent, et la mer, la mer aussi tressaille,
La mer tumultueuse, et sur son flot grondant,
Vieux, tenant un morceau brisé de son trident,
Poseidon apparaît, s’élevant sur la cime
Des ondes. Près de lui, fugitifs dans l’abîme,
Pontos, Céto, Nèreus, Phorcys, Thétis, couverts
D’écume, gémissant au milieu des flots verts,
Sur les pointes des rocs heurtent leurs fronts livides
En signe de détresse, et les Océanides,