Page:Banville - Contes bourgeois, 1885.djvu/251

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enfants à Tours, où elle coucha, et d’où elle ne revint que le lendemain matin. Dés qu’il fut seul, Simonat se débarrassa tout de suite de ses regrets, et cela d’autant plus facilement qu’il n’en avait éprouvé aucun. Lorsque Rosalie rentra à la maison, elle le trouva gai, le sourire alerte, et se frottant les mains.

— « Donnez-moi le trousseau de clefs, dit-elle ; toutes les clefs ! Et en même temps, elle regardait complaisamment la cour du domaine où rentraient de grands bœufs, les cimes des grands arbres du jardin qu’on voyait par-dessus le mur, les chariots, les charrues, les volailles picorant dans l’herbe, les dindons au jabot rouge, les chiens de chasse aux taches fauves, et elle se disait que tout cela était à elle.

Simonat rendit le trousseau de clefs à Rosalie, et la regardant humblement avec un air de chien battu

— « Tu sais, dit-il, ce que je t’ai toujours promis ; c’est que je t’épouserais, si ma femme mourait. Je suis prêt, quand tu voudras, à tenir ma promesse.

— A d’autres, dit la belle Rosalie Hulin. Je ne veux pas donner une belle-mère aux chers petits, mais j’aurai soin que, sans moi, vous ne leur en donniez pas une. Quant à faire ma pelote, croyez que je n’y manquerai pas, et je n’aurai pas besoin d’être votre femme pour mettre ce qu’il me plaira dans ma bourse. Enfin, je n’ai pas envie de souffrir ce qu’a souffert madame ! Ou je me trompe bien, ou vous mourrez dans la peau d’un homme qui chiffonne la belle femme de chambre : mais la femme de chambre, s’il vous plaît, ce sera moi ! Et maintenant allez faire votre tour, et pas de paroles inutiles. »