Page:Banville - Contes bourgeois, 1885.djvu/252

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Rosalie tendit sa joue avec un air auquel Simonat ne savait pas résister, et il partit, après avoir mis son baiser de rustre sur cette belle chair fraîche. Dés que la servante fut seule, elle ouvrit la porte de la cuisine, et s’adressant à une fillette qui écurait un chaudron de cuivre jaune :

— « Va, dit-elle, me chercher la Suzanne, qui garde ses vaches dans le pré, et qu’elle vienne tout de suite. »

Quelques minutes plus tard, la Suzanne entrait, une grande jolie fille mince aux bizarres yeux verts, avec de lourds cheveux blonds, une peau aussi blonde que ses cheveux, et des lèvres d’un rose vif, extraordinairement spirituelles.

— « Ma fille, lui dit Rosalie, tu es engagée jusqu’à la Toussaint ; c’est cinquante écus qu’on te doit, les voici, et tu vas, s’il vous plaît, tourner les talons.

— J’entends bien, Madame Rosalie, dit la vachère, après un assez long silence ; seulement, je vais vous dire, j’aime autant rester ici.

— Allons! dit la femme de chambre, je serais une mauvaise ménagère si je n’avais pas fait des trous de vrille à toutes les portes ! Et plus de vingt fois, avec les yeux que voilà, je t’ai vue toute dépenaillée, assise sur le lit de monsieur, qui fourrait ses doigts dans tes cheveux jaunes !

— Ça se peut bien, dit Suzanne, dont la bouche retroussée en arc eut un malicieux sourire. Moi, je n’ai pas eu besoin de faire des trous aux portes pour savoir que le laboureur Pierre Mabru est de vos amis. C’est un beau garçon aux larges épaules, chevelu comme un chêne, et qui sait gouverner les filles, aussi