Page:Banville - Eudore Cléaz, 1870.djvu/25

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


phoïde. Un étudiant en médecine, qui avait connu son mari, vint généreusement la soigner ; mais ce secours était le seul qu’il pût nous offrir, car il était pauvre comme nous, et nous n’avions rien, rien pour acheter les médicaments prescrits, ni pour pourvoir à mes humbles repas devenus si indispensables, à présent que je ne devais plus avoir ni repos ni sommeil. C’est alors, continua la belle Antonia en relevant noblement son front où se lisait la pureté de ses pensées et en regardant la fille de Cléaz pâle d’émotion, c’est alors que je me décidai à mendier.

— Ah ! pauvre enfant ! dit Eudore, il n’est pas une amertume qui vous ait été épargnée. Et cependant, même après de telles angoisses, vous ne doutiez pas de la clémence divine !

— Ma fille, dit Cléaz de sa voix grave, ne sais-tu pas comme moi que le doute est la punition de nos méchancetés et de nos fautes ? Pourquoi douteraient-ils, ceux dont l’âme pure n’a pas de fange qui l’obscurcisse et qui l’empêche de réfléchir l’éternelle espérance, qui est aussi l’éternelle vérité ? »

Il y eut un moment de silence, pendant lequel chacun se laissa aller à la pente de ses pensées, puis Antonia continua en ces termes, après avoir attaché sur la fille de Cléaz un regard empreint de la reconnaissance la plus passionnée :

« Chère, chère mademoiselle Eudore, pourrai-je vous faire comprendre ce que vous êtes pour moi ? Sachez donc que pendant dix jours, pendant le temps