Page:Banville - Petit Traité de poésie française, 1881.djvu/35

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ne peut être placé à l’hémistiche[1]. Ainsi on ne pourrait pas dire :


La lueur ardente — de paix et de bonté,


La raison en est simple. C’est que pour indiquer la césure, le repos, il faudrait alors appuyer sur l’e muet, bien plus que ne le permet la prononciation française.

Même règle pour les mots terminés par un e muet suivi d’un s, ou par un e muet suivi des lettres nt. L’e muet forme syllabe dans ce vers :


Et blasphèmes, toujours l’ornement des procès ?
Racine. Les Plaideurs, Acte II, Scène i.


Mais on ne pourrait pas dire :


Et cruels blasphèmes, — l’ornement des procès ?


De même I’e muet forme syllabe dans ce vers :


Quel intérêt, quels soins vous agitent, vous pressent ?
Racine. Esther, Acte II, Scène vii.


Mais on ne pourrait pas dire :


Quels soins vous agitent, — quel intérêt vous presse ?


L’e muet suivi d’un s ou des lettres nt, et

  1. L’Hémistiche est la moitié d*un vers. On entend par mot placé à l’hémistiche, un mot dont la dernière syllabe précède immédiatement la césure, et par conséquent, dans le vers alexandrin, se trouve être la sixième syllabe du vers.