Page:Banville - Petit Traité de poésie française, 1881.djvu/38

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Répandent avec des huées
Toutes les larmes des nuées
Sur tous les sanglots de la mer ;

Victor Hugo. Les Mages. Les Contemplations, Livre VI, xxiii.


Cette règle, en ce qui concerne sa première partie surtout, est relativement très-moderne, comme celle qui la précède et qui veut que l’e muet ne puisse tomber à l’hémistiche ; comme aussi celle dont je parlerai plus loin, et qui veut qu’en vers on évite l’hiatus, c’est-à-dire la rencontre de deux voyelles qui ne s’élident pas. Nous n’avons pas voulu allonger démesurément ce travail par des exemples trop nombreux ; mais en voici quelques-uns qui sont décisifs , et qui prouvent que jusqu’au milieu du xviie siècle la règle que je viens d’énoncer n’a pas eu force de loi, puisque nous trouvons chez Molière lui-même dans le Dépit amoureux (1688) le mot partie dans le corps d’un vers, avec l’e muet final formant syllabe devant un mot commençant par une consonne :


Mener joy-e, fes-tes et danses.

Villon. Grand Testament, cxlviii.


Combien de maux sont venus par envie
Qui dé-vi-e les justes et les bons !

Gringoire. Les Folles Entreprises.


Ici nous disons qu’il n’est femme
Qui ne cri-e, tem-peste ou blasme,

Farce Moralisée. Ancien Théâtre Français, Tome I. Bibliothèque elzévirienne)