Page:Barbara - L’Assassinat du Pont-Rouge, 1859.djvu/154

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prouver au besoin par mes livres, et vous aurez, en même temps que l’intelligence de ma tactique, l’explication de la plupart des scènes énigmatiques auxquelles vous avez assisté. Ce qui vous reste à savoir, ce que vous n’avez pu que pressentir, c’est ce que j’ai souffert et ce que je souffre encore à cette heure.

« Par rapport aux faits, je ne fus trompé dans aucune de mes prévisions : tout se passa pour moi de la manière la plus rassurante. Si la valise et les cent mille francs accusaient chez Thillard un projet de fuite, le corps intact, les cent mille francs même, et, mieux que cela, une lettre adressée à sa femme où il déclarait, en termes ambigus, que « compromis dans des spéculations malheureuses, et impuissant à se relever, il se sentait incapable d’assister au spectacle de sa honte, » parurent autant de témoignages irrécusables de son suicide. On se borna à conjecturer qu’au moment de passer à l’étranger, il avait été assailli par le remords et qu’il s’était tué pour s’y soustraire. Il n’y a donc pas à le contester : habile autant qu’il se peut, favorisé à souhait par les circonstances, mon crime, aux yeux des hommes, n’était vraiment pas ; je n’avais à redouter ni soupçon, ni enquête ; partant, d’après mes principes, je pouvais gager avec moi-même que rien au monde ne serait capable de troubler ma sécurité. Cependant, je bâtissais sur des mensonges. Au contraire, ce qui eut lieu, l’état où je suis réduit,