Page:Barbara - L’Assassinat du Pont-Rouge, 1859.djvu/171

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pour sauver quatre malheureux que l’orage avait surpris, il s’était bravement, sans hésitation, exposé sur le lac à un péril peut-être plus grand encore. En présence du ciel noir sillonné d’éclairs, du vent furieux qui bouleversait l’Ontario et y soulevait des montagnes, les hommes les plus intrépides manquaient de courage. Il eût fallu, à leur avis, être frappé de démence pour oser affronter un pareil ouragan. Aussi fût-ce avec une indicible épouvante qu’on vit Clément s’élancer dans une barque et s’abandonner aux vagues. On le considéra sur-le-champ comme perdu. Toutefois, il n’avait pas seulement échappé à une mort certaine, il avait encore eu l’incroyable bonheur de voir son audace couronnée d’un plein succès.

Enfin, on ne se souvenait pas sans le plus vif enthousiasme du dévouement vraiment sublime qu’il avait déployé durant une épidémie. La population était plus que décimée ; les riches, les prêtres, les médecins eux-mêmes, du moins ceux qui n’avaient pas succombé, s’étaient enfuis ; on ne voyait que morts et mourants ; à l’aspect du drapeau noir flottant sur les églises et la maison commune, ceux que la contagion épargnait agonisaient de peur. Clément parut se jouer d’un fléau qui répandait l’alarme à dix lieues aux alentours. Non content de ne pas émigrer, il parcourait les rues, relevait le courage des uns, contraignait les autres à l’action, soignait