Page:Barbedette-Fr. Schubert, sa vie, ses oeuvres, son temps-1865.djvu/41

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Kyrie, une symphonie, une troisième sonate à quatre mains et, parmi ses lieder, la belle mélodie : Thékla, le chant d’une ombre. En 1814, il produit trois quatuors, la grande messe en fa, un Salve Regina, un grand chœur et des lieder.

En 1815, la liste de ses compositions devient colossale ; il se livre surtout avec ardeur à la composition des lieder, qui « coulaient de son génie comme d’une source intarissable* ^ La Jeune Religieuse, les Astres, Mignon, datent de cette année-là, ainsi que les admirables mélodies ù’Ossian. Il composa aussi trois opéras : Fernando, les Amis de Salamanquet la Sentinelle de quatre ans, un grand Magnificat, un Salve Regina, un Offertoire, un D(ma nobis, deux symphonies, trois sonates, un quatuor et une foule de morceaux de piano.

Les fonctions d’instituteur commençaient à devenir pesantes pour Schubert, il résolut de quitter la maison paternelle pour se livrer uniquement à la culture de son art favori. Il était absolument sans fortune et ne se dissimulait pas que, pendant longtemps, il devait se résigner à vivTe dans une situation proche de la misère. Une grande douleur l’avait frappé, du reste, au foyer domestique. Sa mère était morte en 1813 el son père s’était remarié.

On retrouva dans les papiei-s de Schubert, après sa mort, un morceau en prose daté du 8 juillet 1822, dans lequel il parle de la mort de sa mère. C’est une pièce étrange, presque incompréhensible, que nous livrons à la sagacité du lecteur ; elle est intitulée Jfofi Mte.


« J’avais beaucoup de frères et de sœurs. Mon père et ma mère étaient bons pour moi ; je leur étais attaché par un profond amour. Un jour, mon père nous conduisit, dans un beau jardin, à un banquet de fête. Mes frères étaient heureux, mais moi j’étais triste. Mon père s’approcha de moi et m’ordonna de prendre part au festin, mais je ne pouvais pas. Sur quoi, mon père, irrité, me bannit de sa présence. Je m’éloignai et portai mes pas dans les pays lointains, le cœur plein d’un amour infini.

» Pendant de longues années, je sentis mon profond amour et ma lourde peine se partager mon cœur. Ma mère mourut. Je me hâtai de revenir, et mon père, attendri par mon chagrin, ne s’opposa pas à mon retour. Je contemplai ce pauvre cadavre, et les pleurs inondèrent mes yeux. Je me reportai avec douleur aux souvenirs du bon vieux temps ; nous suivîmes le corps et nous jetâmes du sable sur la bière.

» Je restai à la maison paternelle ; mon père me reconduisit à son jardin favori. — Il me demanda encore s’il me plaisait. Le jardin m’était odieux, mais je n’osai le dire. Mon père en colère réitéra sa demande. Je lui répondis en tremblant que je n’aimais pas le jardin ; il me battit et je m’enfuis.

» Pour la seconde fois, je portai mes pas vers les pays lointains, le cœur plein d’un amour infini. Longtemps, longtemps, je chantai des lieder. Quand