Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/100

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en m’apprenant ton mariage avec mademoiselle de Polastron.

— Âme fière, il t’aura blessée ! — fit Marigny.

— Moi ! — dit-elle avec des yeux d’éclairs et une voix digne de Médée. — Est-ce que les âmes fières sont à la disposition du premier venu qui veut les faire souffrir ? » Et le dédain se gonflant en elle lui donna cette beauté sublime qui, sans cesse, communiquait soudainement à cet être laid et chétif une incroyable toute-puissance.

M. de Marigny fut-il dominé par l’impression de cette beauté qui s’allumait comme un flambeau, ou par un de ces souvenirs qui renouvellent le passé même ? Toujours est-il que l’amoureux de la belle Hermangarde fit à sa fiancée l’infidélité d’un baiser.

Il lui fut rendu avec fureur, mais comme si l’amour et la haine étaient en Vellini autant que la laideur et la beauté :

« Laisse-moi ! — répéta-t-elle encore, cette fille de tous les contrastes, — je ne veux pas de tes baisers ; tu m’es odieux, je te déteste. »

Disait-elle vrai ?… Quelquefois les femmes ont de ces mots contradictoires qui donnent aux caresses quelque chose de plus involontaire. L’orgueil de l’amant y gagne ; la volupté aussi ; mais elle ignorait ces calculs.