Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/99

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manteau qu’il n’avait pas pris le temps de détacher et sur les pieds duquel pendait avec ampleur la peau de tigre aux griffes d’or.

« Laisse-moi, Ryno ! » fit-elle avec un soubresaut violent, comme honteuse de la trahison de son visage.

Ryno, c’était le nom de M. de Marigny. Né dans les dernières années de l’Empire, époque où les poésies d’Ossian avaient un succès impérial, on l’appela comme un des héros de Macpherson. Ridicule pour tout autre que lui, ce nom idéal allait bien à la taille et à la figure d’un homme d’une distinction presque grandiose, et dont la vie, les ressources et les aventures étaient entourées d’un nuage.

Il était probablement accoutumé aux façons sauvages de la señora, car il la contint sur sa poitrine, — avec effort, il est vrai, mais il la contint.

« Non, non ! — dit-il, — pourquoi veux-tu m’échapper ? Qu’est-ce que cette commère de vicomte est venu te conter pour bouleverser ainsi ce méchant front-là ? — ajouta-t-il avec une gaieté sans accent sincère, en s’asseyant sur le divan et en la prenant sur ses genoux.

— Il ne m’a dit — répondit-elle gravement — que ce que je sais, que ce que tu m’as dit toi-même. Il a cru m’apprendre quelque chose