Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/105

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mais si c’était là, Ryno, ce qui devrait l’éterniser ? Peut-être me revenais-tu parce que ton âme orgueilleuse n’avait pu abaisser la mienne, et t’en retournais-tu de fatigue de n’avoir pu la plier et la surmonter ? Ah ! ce qu’il te faut, mon ami, c’est une femme douce et tendre qui aime avec abnégation ; c’est une âme sur qui tu règnes et avec qui tu puisses te montrer généreux.

— Je l’ai trouvée, — dit Marigny. — Je l’épouserai dans quelques jours et je partirai avec elle.

— Adieu donc, Ryno ! — fit Vellini ; — va-t’en, laisse-moi pour toujours. Tu vois, je ne suis plus jalouse. Cette Hermangarde de Polastron dont tu parles avec l’enthousiasme de tes jeunes années, m’inspire moins de jalousie que cette comtesse de Mendoze que peut-être tu n’aimais pas. J’ai le calme des choses éteintes. Florinda perdio su flor. Oui, adieu, Ryno, tu peux partir. Tu as raison, s’il est un moyen humain de clore une relation qui a trop duré, c’est de s’éloigner l’un de l’autre. Si tu restais, serait-il sûr que l’ennui de ton âme ne te repoussât pas un soir chez la triste Vellini ? Nous reprendrions le joug exécré. Hélas ! il m’est impossible de ne pas croire que nous le reprendrons un jour. Tu sais pourquoi ? — ajouta-t-elle, mêlant à son regard profond un sourire.