Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/106

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— Eh quoi ! toujours cette folie ? — dit Ryno.

— Oui, toujours ! mais, va ! ce n’est pas une folie ! » fit-elle avec un accent bas comme celui de la destinée quand elle nous parle au fond du cœur.

Elle n’avait plus le ton hautain qu’elle avait pris avec le vicomte de Prosny. Elle exprimait les mêmes sentiments, mais ce n’était plus l’accent si ferme, la tête si droite. Elle était revenue à la vérité de sa tristesse. Cœur fier, elle n’avait point à cacher sa blessure à Marigny. Elle pouvait montrer sa fatigue. Ne la partageait-il pas ? Ne souffrait-il pas du même esclavage ? N’était-ce pas de sa part, comme de la sienne, la même ardente envie de s’en affranchir ?…

Ce furent de longs et de froids adieux. Il n’y eut ni larmes, ni étreintes, ni sanglots étouffés, ni dernières caresses. Marigny était redevenu l’amant d’Hermangarde. La beauté instantanée de Vellini s’était perdue dans l’accablement de son âme. Elle n’avait plus aucun prestige. Elle était désarmée jusque de cette haine dont elle parlait, il n’y avait qu’un moment encore, tout en se cabrant sous un baiser de feu. Elle était morne comme le dégoût. Ramassée sur elle-même, sans pâleur éloquente, sans vermillon à la joue, froncée, crispée, jaune comme une feuille flétrie qui prend chaque