Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/118

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


La marquise de Flers ne confia point à son amie le projet qu’elle avait formé de s’ouvrir franchement à M. de Marigny, au nom du bonheur d’Hermangarde. Seulement, un jour, elle annonça qu’elle irait à l’Opéra la première fois qu’on jouerait Guillaume Tell, et elle dit à Marigny : « Vous nous conduirez. » Pour les habitués de l’hôtel de Flers, ce projet d’Opéra fut presque un événement. Depuis longtemps, en effet, la marquise avait renoncé à tous les spectacles. Elle aimait mieux veiller et causer chez elle. Les spectacles ne peuvent plaire qu’à deux sortes de femmes : les très belles qui s’y montrent, et les très indolentes qui n’y vont que pour écouter et rêver. Or, la marquise n’était plus dans la première catégorie de ces femmes-là, et elle n’avait jamais été dans la seconde. « Mes enfants, — dit-elle à Marigny et à Hermangarde — je veux, avant votre mariage, montrer votre bonheur à tout Paris. » Ce prétexte aimable avait pour motif le désir et l’espoir de rencontrer à l’Opéra la señora Vellini, dont le vicomte de Prosny disait des choses si étranges. La fille d’Ève que la vieillesse ne tue pas, mais concentre, la fille d’Ève, curieuse jusqu’au bout, se posait intérieurement cette question qui a un sexe : « Comment a-t-elle régné ? Par quels moyens règne-t-elle encore ? » Une femme comme la marquise, à l’analyse