Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/121

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éblouissant de blancheur, il y avait un sang vivant qui ne demandait qu’à couler pour la gloire de l’amour. Sa physionomie n’exprimait pas la gaieté, pleine d’éclairs, de certaines femmes heureuses, mais une ivresse profonde, accablée, qui ployait ce front taillé, à ce qu’il semblait, d’un seul coup de ciseau ! Influence des sentiments les plus vainqueurs ! Cette svelte fille, cette belle guerrière, comme dit Shakespeare, de Desdémone, avait les mouvements appesantis des êtres qui succombent sous la plénitude de leur propre cœur… Il y eut certainement, dans cette salle de l’Opéra, qui n’a cependant pas été bâtie pour que les prudes y chantassent leurs vêpres, des mots animés et piquants contre le bonheur trop voyant de mademoiselle de Polastron. En effet, il avait, ce soir-là, une expression si sublime qu’on dut le trouver indécent.

Marigny, plus fort, — moins aimant peut-être, — portait plus légèrement le sien. En présence de cette salle qui l’enviait et le haïssait, il ne se posa ni en Juan, ni en sultan, ni en Titan. Il ne voyait que sa fiancée et il ne s’occupait que de la vieille marquise. Il fut parfait de tenue simple et mâle. Amoureux qui résolvait le problème de l’impossible : il restait convenable, comme dit le Monde, quand il était fou de bonheur, comme dit l’Amour.