Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/126

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reprit-elle. — Vous avez été ce que le monde appelle un libertin ; mais vous avez le cœur plus élevé que les mœurs. J’ai toujours eu confiance en vous, Marigny. Est-il vrai que vous connaissiez intimement une fille nommée Vellini, une espèce de femme entretenue, que sais-je, moi ? et que vous viviez avec elle depuis dix ans ?

— Oui, — dit Marigny, — cela est vrai. Cette femme a été longtemps ma maîtresse, mais elle ne l’est plus.

— Mais vous la voyez toujours ! — dit la marquise. — Mais on m’a dit que quand vous n’êtes pas ici, vous êtes chez elle ! Mais je connais trop la nature humaine — ajouta-t-elle finement — pour ne pas savoir que se voir toujours, c’est encore s’aimer ! Y a-t-il longtemps que vous n’êtes allé chez cette Vellini ?

— J’y suis allé il y a trois jours, — dit Marigny, — et même j’ai rencontré M. de Prosny qui en sortait. Comme j’ai pénétré l’opposition très acharnée à mon mariage de madame la comtesse d’Artelles, je me suis bien douté que le vicomte, qui ne voyait plus Vellini depuis longtemps, était revenu chez elle dans de certains desseins contre moi. Je n’ai pas eu peur, pour deux raisons : — ajouta-t-il avec une confiance dont il eut l’art de ne pas faire une fatuité, — la première, parce que